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Malte: protestations après l'acquittement d'un magnat accusé du meurtre d'une journaliste
information fournie par AFP 03/09/2026 à 17:33
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Des manifestants brandissent des portraits de la journaliste Daphne Caruana Galizia, devant les bureaux du Premier ministre de Malte, à La Valette, le 20 novembre 2019  ( AFP / Matthew Mirabelli )

Des manifestants brandissent des portraits de la journaliste Daphne Caruana Galizia, devant les bureaux du Premier ministre de Malte, à La Valette, le 20 novembre 2019 ( AFP / Matthew Mirabelli )

Le Premier ministre maltais a appelé jeudi à la "prudence" alors que la colère grandit sur la petite île après l'acquittement d'un riche homme d'affaires, accusé d'avoir commandité l'attentat à la voiture piégée qui a tué la journaliste d'investigation Daphne Caruana Galizia.

Le verdict avait été été suivi mercredi soir d'un rassemblement devant le Parlement, organisé par le Parti nationaliste, principale formation de l'opposition, et qui a réuni des centaines de personnes.

"Nous devons faire preuve de compassion, de prudence et de retenue dans nos commentaires", a déclaré le Premier ministre, Robert Abela, aux journalistes, en soulignant que deux enquêtes distinctes sur le meurtre de 2017 étaient toujours en cours et que les procureurs pouvaient faire appel de la décision de la veille.

Le verdict rendu mercredi par un jury populaire a suscité l'indignation de groupes de la société civile et d'organisations internationales de défense de la liberté de la presse. Ils demandent justice pour Daphne Caruana Galizia, infatigable pourfendeuse de la corruption dans ce petit Etat méditerranéen.

Matthew Caruana Galizia, un des fils de la journaliste, a qualifié la décision des jurés d'"obscène" et de "purement maléfique". C'est comme s'ils avaient déclenché une bombe "pour faire exploser ma mère une nouvelle fois", a-t-il écrit sur Facebook.

Indignation

Le parlement maltais tiendra une session extraordinaire vendredi pour débattre de l'affaire, à la suite d'une demande du chef du Parti nationaliste, Alex Borg.

Le magnat Yorgen Fenech est sorti libre du tribunal après le verdict, sous les cris d'"assassin!" lancés par certains manifestants.

Cinq personnes ont jusqu'à présent été condamnées pour avoir fourni les explosifs et exécuté l'attentat contre Daphne Caruana Galizia.

Le Comité pour la protection des journalistes a déclaré jeudi, dans un communiqué, qu'il continuerait à "oeuvrer pour que tous ceux impliqués dans son meurtre répondent de leurs actes".

Le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias a affirmé que le verdict envoyait un "message inquiétant", tandis que Reporters sans frontières (RSF), autre organisation de défense des médias, s'est dite "au-delà de l'indignation".

"La justice doit être pleinement rendue et les autorités maltaises doivent mettre en oeuvre les mesures attendues depuis trop longtemps pour rendre justice à Daphne et sa famille, et protéger les journalistes", a déclaré RSF dans un communiqué.

La présidente du Parlement européen, la Maltaise Roberta Metsola (Parti nationaliste), a publié un message sur Facebook adressé à "Chère Daphne", dans lequel elle promet: "Nous n'abandonnerons pas et nous ne céderons pas".

Surnommée "WikiLeaks à elle seule", Daphne Caruana Galizia avait révélé la corruption au plus haut niveau du pays, braquant les projecteurs sur les liens opaques entre les élites économiques et politiques de Malte.

Son assassinat a placé ce pays, le plus petit membre de l'Union européenne, sous les feux de l'actualité, en raison de ses défaillances apparentes en matière d'Etat de droit.

Rendre compte

Le meurtre a également entraîné une crise politique et la démission du Premier ministre de l'époque, Joseph Muscat, en janvier 2020, après des manifestations massives contre ce qui était perçu comme ses efforts pour protéger ses amis et alliés.

Une enquête publique a conclu en 2021 que l'Etat devait "assumer la responsabilité" de ce meurtre, en raison du "climat d'impunité" que le gouvernement avait instauré.

Les procureurs avaient accusé Yorgen Fenech, très actif dans les secteurs de l'énergie et du tourisme, d'avoir ordonné l'assassinat de la journaliste parce qu'elle était sur le point de publier un article compromettant sur son oncle.

En octobre 2022, trois hommes avaient été reconnus coupables d'avoir posé et fait exploser la bombe ayant tué la journaliste près de son domicile. Puis en juin 2025 deux autres ont été condamnés à la réclusion à perpétuité pour avoir fourni l'explosif utilisé lors de l'attentat.

"Il est désormais grand temps que tous ceux qui ont permis, facilité ou protégé ces assassins rendent des comptes", a déclaré la famille de Daphne Caruana Galizia mercredi dans un communiqué.

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